Hier au marché j'ai rencontré H. qui en l'espace d'une minute a réussi à ne pas me saper le moral: " oh ,tu es tout pâlot,tu vas jamais au soleil?" puis:" comment arrives tu à marcher sans te casser la gueule avec ces godiots? " puis " tu as pris du poids,non?". Imbécile ! Certes je suis pâle puisque je suis roux et ma peau ne supporte pas le soleil , eh crétin ! Mes CHAUSSURES? J'aime être à l'aise, pas comme lui ce fashion victim qui enferme ses pieds nus dans de petits mocassins ridicules et étroits, faiseurs d'oignons, ça doit puer là dedans, berk. J'ai pas pris de poids,mais lui oui qui se vante toujours de sa forme et de son absence de graisse, j'ai même pas eu le temps de lui rendre la politesse que déjà il me quittait me lançant un " allez content de t'avoir revu, on garde le contact hein !?" Mais quel con! Heureusement j'étais de bonne humeur et ses pointes vipérines ne m'ont point heurté, il peut se moucher qu'on va le garder, le contact!
Après j'entends qu'on m'appelle et je me retrouve avec H. ( un autre),on se prend mutuellement de nos nouvelles et je lui demande s'il est toujours dans la lutte écologiste. Son oeuil brille d'un éclat de joie totale : " Oh oui, plus que jamais !!! " Je comprends pas sa joie sincère. Moi ça m'attristerait plutôt. Je me souviens de mon époque militantiste contre les constructions sauvages qui sévissent sur l'île et que nous nous enchaînions aux excavatrices. Moi ça me désolait d'avoir à faire le guignol, lui ça le faisait jouir. Il nous avait dit d'ailleurs qu'il aimait ça,les manifs et tout le toutim,c'était la fête. Certes il passe sa vie à faire signer des trucs,à organiser des ateliers afin d'informer les jeunes et les vieux sur les dangers qui nous guettent,à voyager sur le continent et les Îles pour faire des conférences, bref il se dépense sans compter,boycotte et incite activement à boycotter les entreprises qui n'ont pas la sensibilité écologiste,c'est très bien mais en fait je soupçonne la majorité des gens qui se dévouent pour des causes interessantes d'être en fait très contents d'avoir à le faire et je dis qu'ils seraient malheureux si par miracle la cause de leur dévouement venait à disparaître.